Partager l'article ! Droit d'asile dans le monde parallèle, coccinelle géante et petite tête blottie: Ismaëlle, la traversée n'est pas encore terminée. ...
Ismaëlle, la traversée n'est pas encore terminée.
Il reste encore deux semaines avant de penser à faire le récit de ton année de transit dans le monde parrallèle.
Un monde sans instit, sans flicage, presque sans paperrasse inutile. Un monde fourmillant d'éducateurs, de psychologues, de régisseurs, de bricoleurs, d'intendants, d'assistantes sociales, de psychomotriciens et autre orthophoniste. De medecin. De gens accueillants.
Accueillant dans leur archipel des chats perdus en court de route.
Des chats sauvés du naufrage.
Un monde parrallèle, hors des écoles. Avec une seule instit dedans, au milieu de tout ce monde. Juste une seule.
Et c'était moi.
J'ai eu la chance, deux jours avant la rentrée de septembre, de recevoir un coup de fil :
- Ismaëlle D..?
- Oui, bonjour
- C'est Mme La Chefnumérospécial, Inspectrice ASH.
ASH : l'inspection toute particulière qui s'occupe des instit qui travaillent dans le monde parallèle, « l'Adaptation Scolaire pour les élèves Handicapés ». En fait toutes les classes par ci par là qui se cachent bien tranquillement hors des murs des écoles. Dans les structures sociales ou médico-sociales, dans les hôpitaux parfois... dans tout un tas de petits lieux cachés et protégés du monde cloisonné des écoles.
- Le poste de l'ASE est libre. Si vous le voulez il est à vous.
Ah.
bon.
Je rêvais de ce poste depuis des mois.
Et là il était à moi.
Je ne savais pas trop ce que c'était que cette ASE, ni comment étaient les autochtones qui la peuplaient, et ce qu'ils allaient faire de moi en pénétrant dans leurs eaux territoriales.
Mais j'avais le petit papier, l'ordre de mission, le laisser-passer de Mme La Chefnumérospécial.
Ecoles parisiennes, petits mondes clos, saturés de fonctionnaires de l'éducation nationale et noyées sous les injonctions de politiques absurdes, bon vent. A moi les grands espaces, à moi la découverte de peuples nouveaux et de marins étrangers. A moi l'ASE.
ASE : paquebot rempli d'assistantes sociales appelées au secours lorsqu'un enfant est en danger. A l'Aide!! (Sociale à l'Enfance).
J'avais l'adresse.
J'avais le numéro.
J'ai eu au téléphone une voix chaude avec un accent du sud, une voix d'accueil, en un seul mot, en quelques phrases, une voix amie.
J'ai eu le rendez-vous.
Sur mon nouveau lieu de travail : un centre d'accueil d'urgence.
Le centre d'accueil d'urgence de Paris.
Tous les chatons perdus, en danger, égarés, recueillis,y trouvent un toit pour les accueillir. Pour un jour, pour une semaine, pour un mois. Avant de retourner au sein de leur famille ou de partir vers de nouveaux horizons, ils sont accueillis sur une des îles de cet archipel. Une immense maison. Avec des chatons de 5 jours à 18 ans, répartis dans différents services.
Aux milieu de ces îles, une classe.
La plus belle que j'ai jamais vu.
Et elle était pour moi.
On m'attendait.
Et j'ai navigué toutes voiles déployées dans ces eaux chaleureuses, avec l'énergie du travail en équipe et du sentiment de pouvoir avancer. Enfin, de pouvoir faire quelque chose pour les chatons.
C'était bien cette traversée.
J'essaie de me dire, Ismaëlle, la traversée n'est pas encore terminée.
Il est encore temps d'écrire un journal de bord, et non un récit de voyage.
Il est encore temps d'en parler au présent.
Il est encore de temps de savourer cette après-midi, au coin bibliothèque -un beau, un vrai, que j'ai eu la place et les moyens de creuser cette année; pas trois coussins pleins d'auréoles baveuses se promenant dans la poussière d'albums miteux de Martine et d'une rangée de dictionnaires. Un grand, un chouette coin lecture, avec des tapis et une banquette, et un pouf géant en forme de coccinelle-
Il ne faut pas en vouloir aux institutrices.
Elles s'extasient devant un pouf géant rouge avec des points noirs.
Elles sont un peu frappées.
Il ne faut pas trop faire attention...
Il est encore temps de savourer cette petite tête qui tombe sur mon épaule, cette petite main qui vient se glisser dans mon dos, ces petits bras fragiles qui lentement, me serrent de toutes leur force. Et qui demande tous les jours si on peut aller lire Baba Yaga en se lovant sur la coccinelle.
Ismaëlle, il est encore temps de profiter.
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