De retour après des mois de silence.
En pleine nuit.
En pleine semaine.
En pleine mer.
Le petit navire sous pression. Sous les flots institutionnels.
Sous marins.
Sous marins dans une école de potes Freinétistes et joyeux de vivre. Une école expérimentale aux portes de Paris où on essaie de mettre des sourires sur les visages des enfants, des paroles dans leur bouche, des projets dans leur tête.
J'ai trouvé ma flotte, mon équipage, tous dans le même bateau, je suis chez moi.
Et pourtant de nouveau en pleine nuit je brasse mes pensées et je bois la tasse de l'insomnie.
Je suis la maîtresse de la CLIS dans cette école.
Une classe plus petite que les autres, un canot de sauvetage pour les enfants psychotiques, autistes, déficients et rêveurs en tout genre.
Je suis très contente.
Je suis contente parce que je vois bien que j'ai trouvé ma place.
C'est très dur la CLIS. Je prends des coups. De pieds, de poings au visage. Parfois je rentre chez moi avec des traces de morçure dans la peau.
Mais pour ce genre de chose j'ai le cuir épais. Je sais me tapir bien loin au fond de moi pour éviter de prendre le coup pour moi, je sais en parler, je sais l'évacuer.
Par contre ce que je ne sais pas, c'est répondre à la violence institutionnelle.
Celle là elle parle un langage auquel je n'ai pas accès. Elle transforme nos difficultés en fautes professionnelles, elle nous engloutit sous les exigences irréalisables, elle nous plonge dans des abimes insondables d'absurdité.
Je ne suis plus toute seule heureusement, maintenant.
Je suis dans une équipe.
Notre navire peut passer en mode furtif, sous marin, la coque dur, l'allure maline.
Camouflage. Sourire en coin. Classes en couleur et repas de famille entre les compagnons de traversée.
Hop, un pas de côté, torpille évitée. On brandit notre projet d'école expérimentale. Bouclier contre les assauts stupides de l'institution.
Une directrice en arrêt maladie non remplacée depuis 1 mois, des élèves explosés par les carences éducatives et sociales, des petits coups de semonce de la part de l'inspection. Touchés. Mais pas coulés.
Pour rester dans ce bateau, je dois avoir un examen. Qui me donnera le titre d'instit spécialisée et qui me fera titualire de ma classe. Un truc au nom glacial et mortifère signé Education nationale, le CAPA-SH. Je quitte le bateau toutes les trois semaines pendant un mois, pour préparer ce diplome sur les bancs froid de l'IUFM.
Mon projet de sous marin, c'était de camoufler mon esprit joyeux d'instit Freinet et de faire semblant d'être une maîtresse docile. Rester dicrète pendant un an, faire ce qu'on me demande, et repartir, le sourire aux lèvres et le diplome sous le bras.
Malheureusement, je suis entrain de me faire pressurisée par surprise.
J'ai surestimé mes SAS de décompression. Alerte rouge !! Raz de marée de paperasse à babord, lame de fond IUFMesque chargée d'ennui profond et de bétise affichée, tsunami de comptes à rendre, calle innondée de stupidité institutionnelle. Ne serais-je plus étanche à la connerie ?
Non mais oh?!
On va quand même pas de laisser prendre à l'abordage par une équipe de bras cassés, hypnotisé par leur crétinerie ?
On se ressaisit le Petit Navire !
Vive la musique, la danse, les vacances au Maroc et la joie de vivre. Dehors les tentatives de prise d'assaut à grand coup de week-end sabordés par les fiches de prep et de nuit infiltrée par mes cauchemars professionnels.
Ce week-end, j'oublie le CAPA-SH, la CLIS, les PPI, les PPS, PAI et autre fiches de préparation, je pars à la mer !
Qui veut venir ?
Touchée, mais pas coullée !!
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